Ceci est le récit de mon cambriolage.
Je crois qu’il est temps de faire le point. Ceci est le récit de mon cambriolage.
Paris. Mercredi 17 Novembre 2010. Je quitte le bureau à l’heure plus ou moins satisfait de ma journée de travail. Je passe par la Gare de Lyon pour acheter le nouveau numéro du magazine Wired et rejoindre un ancien collègue de boulot. Depuis que nous ne travaillons plus dans la même entreprise, nous n’avions pas eu le temps de discuter de l’évolution de nos vies et de nos projets personnels respectifs. C’est pourquoi, nous nous sommes écrasé dans un Starbucks puis un Mac Donald pour rattraper le temps perdu. En reprenant la route en direction de chez moi, vers 22h, je suis remonté à bloc, prêt à arrêter de repousser à plus tard mes projets.
J’habite seul depuis un peu plus d’un an dans un petit studio de 18 mètres carrés. A ma grande surprise, en arrivant au 6e étage de l’immeuble, déjà bien essoufflé par l’effort, je me rends compte que ma porte est ouverte, puis que mon verrou est défoncé et c’est là que – « Oh oh ! » – je comprends. Le constat fût rapide et douloureux. J’en ai eu le souffle coupé. Ma porte a été forcée au pied de biche, mes affaires ont été fouillées et étalées par terre. Il manque clairement certains objets à en croire les traces de poussière et le vide sur mon bureau et mes étagères. Mon iMac et ses deux disques durs externes, ma Playstation 3, ma vielle Playstation Portable, mon réflexe numérique et ma montre ont été dérobés. Les bras m’en tombent, je reste immobile, quelques longues minutes, au milieu du silence et de ce paysage de désolation.
Mon premier réflexe est de téléphoner à ma mère, sous le choc. Peut-être pour briser ce silence glacial avec une voix familière et chaleureuse, sûrement pour entendre ses conseils. Puis au Commissariat de Police pour déclarer et faire constater l’effraction. Il faut ensuite attende – sans rien toucher chez moi – une bonne heure et demi que les policiers arrivent. Je suis paumé, je ne sais pas quoi penser. Je me sens vide, je ne réalise pas encore ce que tout ça représente. Les agents de Police sont trois. Ils jettent un œil à l’appartement en faisant attention à ne rien toucher et me posent des questions sur les biens dérobés. Le contact avec la Police a toujours eu tendance à me crisper, même si je n’ai jamais rien à me reprocher, mais je dois avouer qu’ils ont été très sympathiques avec moi. Ils m’ont écoutés, répondu à mes questions et m’ont clairement expliqué les démarches à suivre ensuite.
Il faut encore attendre la Police Scientifique et Technique, cette fois, – toujours sans rien toucher – afin de collecter des potentielles empruntes digitales. Ils sont deux et débarquent au milieu de la nuit. A ma grande surprise, ils ne ressemblent en rien aux Experts super cools des séries télés. Pas de lunettes de soleil, pas de petites phrases choc avant la musique des Who que j’entendais dans ma tête. Leur visite fût brève, le temps de poudrer quelques uns de mes objets qui ont clairement été ouverts ou déplacés. Ils n’ont malheureusement trouvés que des traces de gants. Pas d’empreintes digitales, l’enquête s’arrête là. « Merci, au revoir ».
C’est là que je commence à réaliser. Quelqu’un s’est introduit chez moi, a fouillé dans mes affaires – mon intimité – en a pillé les objets de plus grande valeur marchande, mais aussi sentimentale. Mon appareil photo était un cadeau de ma mère pour mes vingts ans entre autre. Il savait clairement ce qu’il faisait, équipé de gants et d’un pied de biche. Il a sûrement agi seul, l’iMac sous un bras, la PS3 sous un autre, le reste dans un sac, et avoir fait du repérage dans l’immeuble, afin de trouver l’appartement dans lequel s’introduire le plus facilement. Le mien en l’occurrence. Cela représente une perte d’un peu plus de 2500 euros de biens, mais aussi de choses inestimables voire même irremplaçables: mes données personnelles accumulées depuis un moment. La disparition de mon ordinateur et de ses disques durs externes de sauvegarde signifie en clair repartir de zéro. Vraiment de zéro.
Mais dans l’immédiat, j’ai un problème plus urgent. Comment fermer ma porte grande ouverte pour la nuit ? Comment fermer l’œil au milieu de mon appartement saccagé ? Il fallait être inventif. A la Mac Guyver, je déplace ma table basse sur laquelle est posée mon four à micro onde, contre ma porte pour bloquer l’accès de l’entrée et j’y accumule les derniers objets lourds qu’il me reste. Je range les affaires étalées sur mon lit pour me glisser sous la couette alors qu’il fait un froid glacial dans l’appartement, mais essayer de dormir était une idée vaine. Je me prépare psychologiquement à vivre une nuit blanche, à lire et à répondre à des mails depuis mon téléphone portable. Une avalanche de questions et de doutes se bousculent alors dans ma tête. Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Qu’avais-je fait au monde pour mériter un mois de Novembre si pénible ? Un Karma si merdique ? Je venais de vivre une semaine loin d’être agréable à cause de problèmes familiaux dont je ne parlerai pas ici. C’est finalement vers 4h du matin que mon corps lâche prise, je tombe d’épuisement aussi bien physique que psychologique.
Le réveil le lendemain est difficile et pénible. Mon appartement ressemble toujours à un vrai désastre, et surtout je ne peux pas quitter mon domicile en laissant la porte grande ouverte. Je téléphone très vite à mon assurance pour signaler le sinistre. Très réactif, ils envoient, dans la matinée, un serrurier fort sympathique lui aussi pour sécuriser ma porte, sans que j’ai a avancer un centime pour les réparations. Moi qui déteste les papiers administratifs, je me retrouve ensuite face à une pile de démarche incroyable pour espérer me faire dédommager. Dépôt de plainte auprès de la police, envoi des factures de mes biens à un expert, courrier à mon propriétaire à qui je peux légalement reprocher de ne pas avoir remis aux normes de sécurité mon appartement fermé par un seul point de serrure au lieu de trois, avant mon emménagement.
A l’heure où j’écris ces lignes, les choses sont encore loin d’être terminées. Il faut être patient avant de toucher l’argent de mon assurance. Mon appartement a certes retrouvé visage humain, mais j’ai dût puissé dans mes ressources familiales pour racheter un nouvel ordinateur – depuis lequel j’écris aujourd’hui – sans lequel mon appartement paraissait vide, triste et inutile. J’ai fait le deuil des objets perdus – ce ne sont que des objets – mais j’ai encore beaucoup du mal à accepter la perte de mes données. Depuis hier, je tente de m’approprier ma nouvelle machine mais l’absence de certains documents (photos, créations, projets, favoris, bibliothèque musicale) se fait cruellement sentir. C’est l’occasion de repartir sur de nouvelles bases, mais ce n’était pas le bon moment. Ce n’est jamais le bon moment.
Je peux au moins être satisfait d’être sain et sauf et d’être entouré par des personnes bienveillantes – que je remercie énormément pour leurs preuves d’amitié et leurs messages de soutiens. Cela aurait pu ne pas être le cas. L’année 2010 fût une année de grands changements, de belles rencontres et de chouettes opportunités, aussi bien sur le plan personnel que professionnel, mais je ne peux oublier certains épisodes difficiles, dont celui-ci fait partie, qui noircissent le tableau. J’espère que l’année 2011 à venir s’annoncera sous un meilleur signe.
Tout recommencer n’est-ce pas ?

