Arrivé à Lille depuis heures. Moi qui me sentais si confiant la veille du départ, je dois avouer que j’en menais pas large une fois arrivé sur le quai dégueulasse de la Gare de Caen.
Je me suis souvenu de mes larmes de petit garçon alors que ce qui restera à mes yeux le plus bel été – italien de surcroît – tirait vers la fin. Me sont revenu en mémoire toutes les images de l’inconscient collectif des difficiles adieux avant le départ d’un train. Aujourd’hui, je ne suis plus un petit garçon et il n’y avait personne sur le quai mais j’ai eu un pincement au cœur.
15 minutes à écouter « Feeling Good » de Nina Simone, pour m’en persuader. Deux longues heures de Caen à Paris, à remettre un peu d’ordre dans le bordel qui me sert de tête, interrompu brièvement par des arrêts de quelques minutes dans des petites gares dont je ne retient jamais le nom.
Métro, direction Gare du Nord. Pause sandwich mais pas d’humeur. Je m’installe dans le TGV, j’en ressort une heure après, constatant que parmi la longue liste de mes voyages en train c’est surement le plus court/rapide d’entre eux.
Quelques minutes dans le hall de la gare à scruter un plan du centre-ville, une carte du réseau de métro et me voilà dans une nouvelle rame. Métro, ironiquement je m’arrête à l’arrêt CHR – acronyme que je connais que trop bien.
Mes premiers pas en extérieur depuis ce matin. Quelques mètres plus loin, secrétariat de la résidence universitaire. « Non Monsieur, on ne peut vous donner les clés que demain 9h ! ». Je rebrousse chemin pour m’assoir sur quelques marches à l’extérieur. Coup de fil à ma mère pour lui dire que je suis bien arrivé (ou plutôt que j’ai fait bon voyage). Je me rend alors compte que je suis chargé comme un âne : ma valise semblait beaucoup plus légère quand je la remplissait.
Métro, direction le centre-ville vers une adresse de « chambre temporaire » indiqué par le secrétariat de la résidence universitaire. J’y arrive trempé de sueurs à moitié nauséeux : j’aurai dût terminer mon sandwich.
Douche, longue douche. Besoin d’eau chaude pour remettre de l’ordre dans ce qu’il me reste de pensées. Je planifie ma matinée du lendemain à me débattre avec le secrétariat de la résidence pour avoir ma clé, comme convenu. Deuxième coup de fil à ma mère pour lui dire que oui tout va bien, que non son fils n’est pas perdu dans la jungle birmane.
J’ouvre mes sacs, je « m’installe » – bien que très temporairement. Pas de wifi, pas grand chose à faire. J’ouvre mon traitement de texte, je relis des passages de trucs « toujours ébauché, jamais terminé ». Je prend des notes, met noir sur blanc – électroniquement – des trucs qui me trottent dans la tête depuis un moment. Je met la musique à fond sur mon baladeur pour meubler le silence.
« Ça fait un moment que je lui rabat les oreilles sur le fait que j’aime le calme de chez moi, mon atmosphère, ma petite vie rangée. Me voilà dans seul, dans le silence, mes quelques affaires sont alignées avec maniaquerie et pourtant… » Je parle soudainement seul. Je remarque que les murs sont vert pâle. « Je déteste le vert. Cela dit, la chambre doit être largement plus grande que ma future et espérée chambre d’étudiant. J’ai au moins un lavabo, une douche et des chiottes ! » Je remet de la musique pour m’empêcher de parler dans le vide, je vise mes yeux sur l’écran de l’ordinateur et mes doigts sur le clavier. « J’ai pas besoin du luxe 3 étoiles, la chambre d’étudiant et le wifi suffiront largement. Je ne resterai pas enfermé des journées entières de toute façon. »
Je réalise que j’ai besoin d’interactions sociales. Je m’en désole au premier abord – de toute façon j’ai toujours été très solitaire – m’en réjouissant ensuite – finalement je ne suis pas si autiste que ce qu’on crois. Je démarre une nouvelle liste (j’aime les listes) : « La liste des choses sur mon séjour à Lille m’aura appris, sur moi, sur les autres et sur la vie active ».